DESIGN SYSTÉMIQUE & STRATÉGIE D’INNOVATION
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SECTEUR PUBLIC
Redonner aux artisans le pouvoir de produire avec passion
MateriA relie matières, services et territoire pour rendre aux artisans du temps, des moyens et des choix.
En bref
La Direction Générale des Entreprises (DGE), au sein du Ministère de l’Économie et des Finances, nous a sollicités en collaboration avec l’ENSCI-Les Ateliers, la prestigieuse école de design stratégique et systémique.
La commande était de « rapprocher artisanat et industrie pour soutenir la réindustrialisation française ». Nous aurions pu concevoir un meilleur service d’approvisionnement pour les artisans mais notre posture de designers systémiques nous a plutôt fait intervenir à un niveau plus large : sur les relations entre ceux qui produisent, ceux qui fournissent, ceux qui financent et ceux qui aménagent le territoire. Nous avons tout d’abord transformé cette commande ouverte en problème systémique précis à travers deux phases de recherche exploratoires en entonnoir, puis conçu MateriA, une infrastructure territoriale reconnectant matières, savoir-faire, industriels et collectivités. Le projet est aujourd’hui un modèle économique et territorial chiffré, avec un site identifié, une feuille de route à 4 jalons et une trajectoire de déploiement national.
Recadrage de la commande
La demande du Ministère de l’Économie était de repenser les relations entre artisanat et industrie pour favoriser un approvisionnement durable, renforcer la production française et valoriser l’artisanat en tant qu’acteur clé de ce processus. Si l’objectif était de créer des ponts, mutualiser les ressources et développer des solutions concrètes pour surmonter les points de friction réels que nous allions identifier, tout en plaçant l’humain au cœur de cette démarche. La mission, elle, contenait déjà trop de pistes de solutions implicites, nous l’avons donc repensée en un motto simple et fort : « Aidons les artisans à exercer leur métier longtemps, avec passion, en facilitant leurs approvisionnements. »
En nous appuyant d’abord sur une analyse historique et comparative avec d’autres pays, nous avons exploré les flux tangibles et intangibles entre ces deux mondes, en mettant en lumière le savoir-faire artisanal comme une ressource stratégique pour l’industrie. Puis nous avons plongé dans le cas français en défrichant le périmètre du sujet : recherches bibliographiques, rapports ministériels, entretiens avec de nombreux proxys de l’artisanat et de l’industrie (chambres des métiers, fab labs, experts intermédiaires, tiers-lieux). Puis l’immersion directe : 15 artisans suivis dans leur atelier (verriers, doreurs, tapissiers, ébénistes, maçons, joailliers, métalliers…), plus de 50 photos, +15h d’entretiens, 3 665 verbatims tagués.

Trois asymétries systémiques expliquaient le dysfonctionnement du système :
- Une asymétrie réglementaire : les exigences augmentent plus vite que la capacité des petites structures à les absorber.
- Une asymétrie matérielle : les flux d’approvisionnement sont pensés à l’échelle industrielle, alors que les besoins artisanaux sont fragmentés, locaux et variables.
- Une asymétrie capacitaire : les artisans doivent assumer des responsabilités croissantes sans disposer du temps, des compétences ou des moyens correspondants.

Structuration de la preuve terrain
L’état des lieux était plutôt alarmant, il nous a fallu identifier le point du système où nous aurions le plus fort impact :
- nous avons regroupé les milliers de données brutes de la recherche exploratoire en 46 problem statements structurés au format « Lorsque (contexte) je veux (objectif) mais (obstacle) parce que (raison) et ça me rend (sentiment) » ;
- nous avons réalisé une cartographie systémique du sujet ;
- nous avons positionné et pondéré les problem statements sur cette cartographie afin de visualiser les points névralgiques de la situation.

Cette hiérarchisation cartographiée a servi de socle à tous les choix suivants, à commencer par l’identification du point d’intervention susceptible de déplacer le plus de variables du système.
Arbitrage des choix
De la Néo-Guilde artisanale à l’intermédiaire artisan-fournisseur, nous avons généré 8 pistes stratégiques proposant des manières différentes de redistribuer les rôles, les ressources et les flux entre artisanat et industrie. Chacune a été benchmarkée face à des modèles existants (LUMA, Réserve des Arts, CIAV, Cycle Up…) puis mise en concurrence sur plusieurs itérations. Trois familles de critères ont servi à tranché :
- viabilité économique,
- capacité à résoudre les frictions structurelles,
- potentiel de réplication nationale.

Au fil de nos itérations entre le Ministère des Economies et des Finances et le terrain, une piste s’est affinée et s’est imposée comme la plus impactante : MateriA, un lieu de synergies pour optimiser le cycle de production des artisans, leur faciliter l’accès aux matières premières à des prix négociés, et leur simplifier la gestion administrative, afin qu’ils puissent se concentrer sur l’essentiel :
PRODUIRE ENSEMBLE.

Ancrage dans le réel
Pour assurer la viabilité du projet, j’ai déployé les modèles du d.MBA (un MBA pour designers) afin de co-concevoir, avec le Ministère de l’Économie et des Finances, le business model de MateriA. Nous avons ensuite cartographié l’impact de la solution sur l’écosystème complet (artisans, industriels, collectivités, partenaires culturels) ainsi que les flux financiers et non financiers qui les relient, pour comprendre ce que chaque acteur pouvait apporter, recevoir et redistribuer dans le système.
C’est en reliant expérience, décision et création de valeur que le design devient stratégique. Nous avons passé plusieurs itérations à peaufiner le modèle économique, jusqu’à un compte d’exploitation réaliste : 1,2 M€ de CAPEX, 1,38 M€ d’OPEX, 1,75 M€ de revenus projetés, portés par trois formules d’abonnement (Synergie, Matières, Présence). Le business model a été travaillé de concert entre designers et décideurs du Ministère.

Déploiement territorial
Une fois le projet clair, c’est au tour du territoire de devenir la variable de design à concrétiser. Nos recherches nous ont fait sélectionner la friche des Papeteries Etienne à Arles : 3 600 m² disponibles, accès fluvial, territoire en reconversion et proximité d’un tissu d’artisans et d’industries.
Enfin, pour que MateriA soit une unité territoriale reproductible, nous avons pensé une trajectoire en quatre jalons permettant de passer du pilote d’Arles à un réseau de 3 MateriA sous 5 ans, puis 5 MateriA sous 10 ans, en testant progressivement les conditions de réplication du modèle.
Au delà des produits, des services, des expériences,
je conçois des conditions qui permettent aux gens d’agir en pleine puissance.
Finalement
En intervenant en tant que designers systémiques sous la casquette de l’ENSCI-Les Ateliers, pour le compte de la Direction Générale des Entreprises au Ministère de l’Économie, nous avons fait passer l’intention politique « réindustrialiser la France en favorisant les synergies entre l’artisanat et l’industrie » à un actif opérationnel : un lieu identifié, un compte d’exploitation, un calendrier de déploiement. Nous avons permis à la DGE d’exécuter sa stratégie pour atteindre sa vision.
Notre réponse, MateriA, crée de la valeur à cinq niveaux : pour les artisans, en leur redonnant maîtrise, temps et capacité d’action ; pour les organisations, en transformant des besoins dispersés en modèle économique viable ; pour l’écosystème, en orchestrant de nouvelles relations entre artisans, industriels et collectivités ; pour le territoire, en activant un site et des ressources locales ; et pour la politique industrielle, en la transformant en système réplicable.
Au delà du service qu'il rend aux artisans et à l'industrie, MateriA apporte de la valeur par les capacités qu’il redistribue dans le territoire : acheter, produire, coopérer et décider. Finalement, son véritable test sera sa capacité à créer de l’autonomie et à revitaliser le territoire en aidant les artisans à exercer leur métier longtemps et avec passion.

Post-scriptum
Le tableur, un outil de design inattendu…
Passer de longues journées dans les lignes d’un CAPEX et d’un OPEX peut sembler contre-intuitif pour un designer, c’est pourtant là que j’ai le plus appris : le tableur Excel est devenu un outil de design, et le coût, une variable de conception à part entière. Du coup, là où avant je pensais que les contraintes économiques réduisaient, voire tuaient, le projet, ici elles lui ont donné sa forme, jusqu’à pouvoir passer la main au Ministère avec une feuille de route réaliste. Car un projet de design systémique n’est pas seulement désirable : il doit aussi être gouvernable, finançable, transmissible à une mise en place opérationnelle.
Redonner aux artisans le pouvoir de produire avec passion.
Disponible pour un CDI
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